Pour la dix-neuvième fois, Hortense Dumoulin biffa la phrase qu'elle venait d'écrire sur la page soyeuse de son
carnet. Elle tapota ses dents de l'embout de son stylo. puis repoussa la feuille en laissant s'échapper un léger soupir, posa le stylo et se leva pour aller s'accouder à la fenêtre.
L'air était doux et parfumé. Une mélodie diffuse, mélange de chants d'oiseaux et de brises dans les herbes flânait au dessus de la Prairie.
Tout poussait à la rêverie. Et pourtant, Hortense avait une mission, et elle ne souhaitait pas s'en détourner.
Elle revint donc à sa table, et, fronçant les sourcils, tordant le bout de son joli petit nez, elle entreprit de retrouver la concentration nécessaire pour écrire l'Histoire.
D'habitude, Hortense se débrouillait plutôt bien avec les Histoires. Elle aimait surtout les Histoires d'Amour Romantiques, avec Jeunes Filles et Princes Charmants. Elle n'avait pas son pareil
pour organiser la rencontre d'amants que tout aurait pourtant du séparer: un astronaute et une spéléologue, ou alors un vieux japonais champion de go et une jeune américaine championne du
110m haies, ou encore une femme d'affaire ambitieuse et puissante et un pauvre artiste de rue.
Si elle aimait raconter des histoires, Hortense adorait encore plus en lire. Elle pouvait passer des jours et des nuits sans
boire ni manger, absorbée dans la lecture d'une belle histoire.
Mais alors qu'elle n'écrivait que des Histoires d'Amour Romantiques, elle aimait beaucoup lire des Textes sur l'Amour. Pas simplement des Histoires d'Amour: des récits, des pensées, des méditations, des poèmes qui parlaient d'Amour. L'Amour était un sujet qui la passionnait. Peut être parcequ'elle n'avait jamais eu la chance d'aimer vraiment, ou d'être aimée. Il est comme ça, de part le monde, des hommes ou des femmes qui ont un cœur conçu pour l'Amour, mais qui, par un étrange caprice du destin, en sont à jamais privé. Personne ne peut alors imaginer leur tristesse. Non…personne..., à moins d'être soi-même privé d'amour.
Hortense avait donc en elle, pour combattre cette tristesse, une passion pour tout ce qui parlait d'Amour. Et particulièrement pour les beaux textes, les textes émouvants, les textes qui étaient si bien écrits que c'était comme si, en fermant les yeux, après, elle sentait là, contre sa joue, un visage, tendre, souriant, délicat…Les textes qui lui donnaient l'occasion de se sentir au Cœur de l'Amour.
Or, un des endroits où elle aimait plus que tout aller se réfugier, un des endroits où l'on pouvait lire les choses les plus émouvantes sur l'amour, cet endroit était maintenant fermé.
Pour une raison incompréhensible, une histoire de prise d'otage, une histoire de fin d'histoire.
Hortense n'aimait pas les prises d'otage, ni les fins d'histoires.
Elle savait donc ce qu'il lui fallait faire.
Ecrire la fin de cette histoire, et briser la malédiction. Depuis des jours elle essayait. Mais elle doutait d'elle-même. Elle ne se sentait pas à la hauteur. Parce que l'histoire en question n'était pas une de ses histoires habituelles, une Histoire d'Amour Romantique. Non, ç'était étrange, beaucoup plus complexe, profond, poétique.
Pourtant, à mesure que la nuit venait, ce soir, là, Hortense sentait qu'elle pouvait essayer d'écrire d'une façon nouvelle, pour poursuivre cette histoire. Elles posa quelques mots, doucement, un peu surprise. Puis d'autres vinrent, avec des tournures de phrases inhabituelles. Elle écrivait maintenant avec étonnement, et d'une manière très libre. Les mots coulaient, comme animés par leur vie propre. Et sous ses yeux, l'Histoire se déroulait, et cette Histoire était si belle qu'elle en eut les larmes aux yeux.
Tard, alors que la dernière étoile se diluait dans la clarté du jour naissant, elle mit un point final à l'Histoire. Puis elle la glissa dans une jolie enveloppe verte, et sortit dans la Prairie.
Elle sourit, en voyant, à quelques mètres, assise dans l'herbe verte et fraîche, la silhouette massive de l'Hippo-voyageur, qui semblait l'attendre.
Elle lui tendit l'enveloppe. "C'est pour Tiphaine, elle l'attend.."
L'Hippo disparu, mystérieusement.
Et Hortense resta là, dans la Prairie.
L'aube durait pour elle. Elle s'y sentit bien.

Un Saxophone est principalement constitué de trois parties: le Corps du Saxophone, l'Anche, et la ligature, qui, comme son
nom l'indique, sert à associer le Corps et l'Anche.
Un Saxophone est beau. C'est indéniable. Il en va ainsi des Saxophones comme des êtres humains: ils séduisent par leur brillance, leur profil métallique tout en vigueur, leurs courbes
harmonieuses, la puissance de leurs lignes, l'impressionnante ingéniosité de leur mécanique, qui s'articule autour de clefs et de tampons dont la mise en mouvement rapide
et précise est le signe d'une personnalité qui sait combiner confiance en soi, autorité et sens de l'action.
Pourtant, ce Corps si plaisant à contempler, à manipuler, et qui à lui seul pèse quelques kilos de métal, ce Corps n'est rien. Il ne saurait produire l'ombre de l'esquisse du moindre mi
bémol.
Il lui faut le chant de l'Anche.
L'Anche est l'Ame du saxophone, et peu de gens le savent.
Combien pèse une Ame, se demandait, Duncan MacDougall en 1900 (je vous laisse chercher qui était ce brave homme). La réponse qu'il donna fut 21 g. Concernant le
saxophone, ce doit être à peu près le cas. L'Anche est en roseau, et elle pèse quelques dizaines de grammes.
Nous avons donc avec le Saxophone un symbole à méditer.
Dans ma main droite, quelques kilos de métal rutilant. Le Paraître en quelque sorte, que l'on peut arborer au cou pour impressionner les jeunes filles si l'on est un homme un peu sur le retour,
qui veut se rassurer sur sa capacité à séduire, ou que l'on peut utiliser, à grand renfort de moulinets de bras et de manière efficace lors d'une bataille de rue, à défaut de batte de
baseball (notons au passage que l'on peut ainsi tirer du corps du saxophone certaines sonorités permettant, temporairement, de le classer dans la catégorie des
instruments à percussion..mais nous ne recommandons pas cette utilisation quelque peu déraisonnables)
Dans ma main gauche, quelques grammes de roseau, taillés avec précision, délicatesse, finesse et douceur, et qui contiennent, dans la forme élaborée de leur structure végétale, l'intégralité
des sons possible, ne demandant qu'à être libérés. L'Etre, ou plutôt l'Etre à venir, la promesse de l'Etre.
Arrivé là je vous laisse méditer. Il y a plein de choses intéressantes à apprendre du Saxophone. Mais il faut prendre son temps.
Ceux qui parcourent régulièrement la Prairie, savent que j’ai une fâcheuse tendance à essayer de produire, au moyen de quelques ustensiles adaptés, de ces oscillations de la pression de l’air que les physiciens appellent communément
« bruits », ou encore, par ces jours de soleil bleu où il leur vient une âme poétique, « sons ».
Ceux-là même, au sein du groupe des visiteurs attentifs, qui disposent d’un minimum d’oreille musicale, auront aussi
remarqué que l’adage qui dit « l’essentiel, c’est de participer », s’applique assez bien à mes tentatives de productions musicales.
Les plus affûtés des promeneurs de ces pages ajouteront même, mais sans le dire, juste en le pensant, que l’adage en question s’applique tout aussi bien à mes tentatives de dessins, photos,
poèmes ainsi qu’à toutes mes productions écrites. Sans parler de ma recettes de brioches au beurre.
Je ne le conteste pas. Je suis un amateur.
Mais, pour autant, je ne me considère pas comme un dilettante.
Mes activités ici sont sérieuses. Chaque chose que je publie résulte d’un travail, exigeant et souvent laborieux (si,si...je vous assure)
Il est des gens qui ont la chance d’être visités par l’Inspiration, habités par la Grâce. Leurs doigts courent tout seuls sur le clavier, leur stylo
devance leur main.
Ce n’est pas mon cas.
La preuve.
Si je laisse mes doigts aller tout seuls, voilà ce que ça donne : "uefqlzu sbzn eryeqz leuyqka zer »_ryehz ukfhz sbzn kfzke falm zodsxn< ;sdh zieujd ksjnx<w,, dkjdiufdif sbzn
jhqsdyzg bzveujsd qhsjkdqioqi sjdhjsu_sbzn"
Avouez que ça manque un peu de corps. Un scénario faible (mais pourquoi ryehz est-il allé zieujd chez leuyqka pour réclamer sa sbzn ? Un gamin de 5 ans aurait compris qu’il allait s’attirer
des ennuis…), un style lamentable (« sbzn » répété au moins 4 fois en 3 lignes), et un côté un peu hermétique qui pousse à aller voir ailleurs si l’herbe n’est pas plus
verte.
C'est donc démontré. Je suis un besogneux.
L'avantage de ne pas être doué, c'est qu'en gros, on comprend à peu près le processus qui nous permet d'arriver à créer, puisqu'il vient du travail et non du ciel.
Il s'ensuit qu'il me semble avoir acquis, en matière de saxophone, un peu de savoir, que j'ai décidé de partager avec vous. Ce sera l'objet de cette nouvelle rubrique.
A suivre, donc, dans la catégorie "Petit précis de saxophone poétique"