Par le petit garçon qui meurt près de sa mère
Tandis que des enfants s'amusent au parterre
Et par l'oiseau blessé qui ne sait pas comment
Son aile tout à coup s'ensanglante et descend
Par la soif et la faim et le délire ardent
Je vous salue, Marie.

Par les gosses battus, par l'ivrogne qui rentre
Par l'âne qui reçoit des coups de pied au ventre
Et par l'humiliation de l'innocent châtié
Par la vierge vendue qu'on a déshabillée
Par le fils dont la mère a été insultée
Je vous salue, Marie.

Par la vieille qui, trébuchant sous trop de poids
S'écrie: " Mon Dieu ! " par le malheureux dont les bras
Ne purent s'appuyer sur une amour humaine
Comme la Croix du Fils sur Simon de Cyrène
Par le cheval tombé sous le chariot qu'il traîne
Je vous salue, Marie.

Par les quatre horizons qui crucifient le monde
Par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe
Par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains
Par le malade que l'on opère et qui geint
Et par le juste mis au rang des assassins
Je vous salue, Marie.

Par la mère apprenant que son fils est guéri
Par l'oiseau rappelant l'oiseau tombé du nid
Par l'herbe qui a soif et recueille l'ondée
Par le baiser perdu par l'amour redonné
Et par le mendiant retrouvant sa monnaie
Je vous salue, Marie.

G.Brassens
Vendredi 9 mai 2008
publié dans : Airs
commentaires (5)    ajouter un commentaire
Jeudi 8 mai 2008
publié dans : Images
commentaires (1)    ajouter un commentaire

L’Espace Inter-Stellaire.


Nous l’imaginons froid, vide, infini, triste et silencieux.


Mais la réalité est bien différente.


Les étoiles ont une langue à elles, et ce vide, qui ne l’est pas, est en permanence traversé de multitudes de commentaires et de réflexions, que la Gent Lumineuse se plaît à propager au sein de l’Ether.


Certes, nombre de grincheux vous dirons que les scientifiques ont, depuis longtemps, démontré l’inexistence de l’Ether.


Toutefois, on peut aimer l’Ether, pour son caractère poétique, et affirmer, du coup, qu’il existe bel et bien. Et qu’il est le support de la voix des Etoiles, au même titre que les eaux profondes des océans sont le support du chant de baleines.


Les Etoiles sont donc bavardes. Et celles qui brillent dans le ciel de la Prairie le sont particulièrement.


Cette inclinaison tient en grande partie au fait qu’elles sont friandes d’histoires, et qu’elles ont l’âme romantique.


Là encore, les rabat-joies de tout poils ne manqueront pas de faire remarquer que prêter une âme aux Etoiles, c’est faire preuve d’un manque de discernement inadmissible quant aux réalités de la constitution de la matière, qui n’est qu'empilements de Quarks et de Gluons, et que ces Quarks et ces Gluons sont tellement comprimés les uns aux autres qu’il est hors de question d’imaginer qu’un filet d’âme, si ténu fût-il, soit à même d’y faire circuler quelque émotion ou sentiment que ce soit.


Ce à quoi nous rétorquerons qu’une fois qu’il est entendu que l’Ether existe et que les étoiles y tiennent conversation, le chemin qui conduit à conférer à ces dernières un peu d’âme n’est pas si difficile à emprunter, et qu’il est même, d’ailleurs, finalement logique.


Ces préalables étant acquis, il est temps de nous munir de notre Etheroscope à Mandoline, et de nous intéresser à la conversation qui sature en ce moment notre ciel nocturne.


Nous présentons par avance nos excuses aux lecteurs pour la piètre qualité de la traduction que nous allons fournir dans les lignes qui suivent. La Langue des Etoiles est une des plus ancienne de l’univers, aussi n’a-t-elle pas bénéficié de tous les progrès récents en matière de simplification de l’orthographe et de la syntaxe.

Elle est donc un peu lourde et ambiguë.


« crainte-avoir sera-météorite-grande fin avoir devenir-écrasement »
(ça c'est la grande étoile rouge, un peu à droite qui parle)

"espoir-espoir-pas fin-finir-toujours prairie-beau" (là, c'est une petite jeune étoile, très romantique quoiqu'un peu écervelée)

"rien sauver fini implosion fusion explosion fin" (là, pour tout vous dire, je n'ai pas vu qui parlait..désolé)

"amour vivre amour plus fort poésie merveilleux beau cadeau" (encore une jeune étoilette fleur bleue...qui nous fait d'ailleurs un clin d'oeil...bizarre...)

On ne s'en lasse pas, n'est-ce pas?

Mais on n'est pas vraiment plus avancé...reconnaissons-le.

 

Mercredi 7 mai 2008
publié dans : Les lucioles
commentaires (3)    ajouter un commentaire
Dimanche 4 mai 2008
publié dans : Images
commentaires (3)    ajouter un commentaire

Lors de la dernière séance de l’atelier d’écriture d’Hortense, nous avons eu droit à un sujet difficile : « quand la mort vous raconte une histoire, vous avez intérêt à bien écouter ». Voici ce que cela m’a inspiré.

 

Emile avait 80 ans. On ne l’aurait pas dit en le voyant. Non pas qu’il ne les faisait pas, ses 80 ans. Mais simplement parce qu’il n’est pas usuel, lorsque l’on rencontre un plus âgé que soi, de l’aborder en l’apostrophant d’un « Tiens, salut Emile, t’as bien 80 ans, non ? ». Une certaine forme de politesse, héritée d’un temps passé où l’on apprenait encore les bonnes manières aux petits enfants, nous retient habituellement de ce genre d’intervention.

Emile avait l’habitude de se promener dans son quartier, tous les jours, de préférence le matin, quand les petits commerces ouvraient leurs devantures, et que commençait à grandir cette animation bonne enfant et chaleureuse qui faisait de ce coin de rues un lieu où la vie était agréable, où l’on pouvait marcher à une vitesse raisonnable, disons 3 m/s, et, pour autant, mettre plus d’une heure à parcourir une centaine de mètres, ce qui, pour quiconque a obtenu son certificat d’études, est le signe évident d’une erreur dans l’énoncé du problème - car si V est la vitesse de celui qui marche, et T le temps que doit mettre la baignoire pour se vider, alors il est évident que le train qui vient de Cholet ne pourra pas croiser celui en provenance de Montpellier à hauteur de Lyon. Preuve, donc, qu’il y a bien une erreur quelque part.

Celle-ci (nous parlons de l'erreur) étant ainsi caractérisée, il convient, pour s’inscrire dans la logique de ce récit, d’en préciser la nature ; et c’est dans les multiples interruptions de la marche d’Emile que nous la débusquerons, à chaque fois qu’il croise Mme Georgette, la marchande de fleur, ou Léon, le cordonnier, ou encore la jeune et jolie Sophie, qui mène ses jumeaux à l’école, ou enfin M. le Curé, qui se hâte en visite. C’est dans chacune de ces circonstances qu’une conversation s’entame, une conversation polie, qui ne dure jamais bien longtemps, et qui commence par « Beau temps aujourd’hui ! » si d’aventures le soleil est déjà là, occupant nonchalamment la bande de bleu qui se découpe aux arrêtes des immeubles, ou alors qui débute par un « Fichu brouillard », comme ce jour-ci, où nous suivons Emile dans sa promenade un peu hasardeuse, du coup, puisque le brouillard est plutôt dense. « A couper au couteau ! » n’aurait pas manqué de déclarer Antoine, le vendeur de fruits et légumes, qui était supposé rencontrer Emile vers 8h43, si nos calculs avaient été justes. Mais force est de constater que nous n’avons pas de chance avec les énoncés de problèmes, puisque là encore, il nous manque une donnée, qui pourrait expliquer pourquoi Emile, au lieu de suivre sa route habituelle, s’est engouffré dans une ruelle qu’il ne connaissait pas, là, juste entre la boulangerie et la marchande de poisson. Pourtant, plus tard, quand le brouillard sera levé, et que les inspecteurs essayeront de reconstituer les faits, il sera patent que cette ruelle n’existe pas. La boulangerie est au 9 de l’allée des sans soucis, et la poissonnerie est au 11. Et M. le Maire confirmera, à l’aide le registre du cadastre qu’il aura déployé sur la grande table en bois de la mairie, devant le commissaire, les adjoints et les journalistes : « Vous voyer bien…le 9…le 11, et entre les deux, rien ! »


Pourtant, il faut bien qu’il y ait eu quelque chose entre le 9 et le 11, ce jour là, pour qu’Emile emprunte un chemin sans retour. Et c’est bien dans la nature des gens, de nier ce genre d’évidence, de s’obstiner à inventer des raisons qui démontrent que l’impossible ne peut pas avoir été. Ils sont comme ça, les gens. Emile a disparu, là, entre le 9 et le 11, dans une ruelle suintante de brouillard froid, et eux, ils se refusent à l’accepter. Alors ils se perdent en conjectures sur la nature inaltérable et définitive des murs de brique. Et personne ne songe à se poser la bonne question. Personne ne pense à s’interroger sur ce qu’il a bien pu se passer, ce jour là, dans la tête d’Emile. Pourtant, si tous ceux qui l’ont vu marcher, seul, chaque jour, depuis tant d’années, si tous ceux là avaient prêté un peu plus attention à Emile, à la tristesse d’Emile, à ces larmes qui étaient toujours affleurantes au coin de ses paupières, à ses mains indécises et tremblantes ; si parmi tous ces braves gens il s’en était trouvé un seul pour abandonner une fois, une seule fois son petit train-train quotidien de marchande de fleur, de vendeur de pain de commerçant de poisson ; si celui-ci ou celle-là avait bien voulu prendre Emile par le bras, ou même, pourquoi pas, par la main, comme on le fait si naturellement avec un petit enfant, ou avec la personne qu’on aime, si cet homme ou cette femme avait pour une fois réellement fait attention à Emile, alors peut-être qu’il serait encore vivant.


Si cela avait été le cas, je n’aurais rien eu à vous raconter, et vous, bien tranquille, chez vous, au chaud dans vos habitudes confortables, vous n’auriez pas eu de leçon à tirer de cette histoire.


Mais voilà. Emile est mort. Bien mort. C’est moi qui ai du me résoudre à lui tendre la main, puisque vous ne le faisiez pas. Je l’ai recueilli. Il aurait pu rester avec vous, si vous aviez eu un peu plus de curiosité pour ce qu’il était et d’attention pour ce qu’il ressentait. Maintenant, c’est trop tard. Alors réfléchissez bien à cette histoire. Elle a quelque chose à vous dire. Quand la Mort vous raconte une histoire, vous avez intérêt à bien écouter. Car un jour, vous aussi, si je le permets, vous aurez 80 ans.

Jeudi 1 mai 2008
publié dans : L'atelier d'écriture d'Hortense Dumoulin
commentaires (3)    ajouter un commentaire
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus