Il est idiot, ce titre. Il anéantit l'idée même d'un suspens. Reconnaissez cependant que, du coup, cela rend ce texte beaucoup plus difficile pour l'auteur. Preuve que je ne me moque pas de vous (pour ceux qui en douteraient).

C'est aussi très pratique pour les pressés, ceux qui ont vraiment autre chose à faire que de passer 1 mn 30 (cela doit suffire) à lire les signes qui suivent. Ceux-là peuvent zapper tout de suite, ils ont l'information essentielle:
Rosa parvient à s'échapper.

Notons d'ailleurs que nous possédons là un critére discriminant qui permet de classer efficacement l'ensemble des lecteurs en deux catégories: ceux qui lisent pour l'Information, et ceux qui lisent pour ce que nous appellerons la Poésie de l'histoire.

Curieux comme vous êtes, vous me direz: mais quelles sont donc les caractéristiques de ces deux catégories?

C'est assez simple, mais cela mérite méditation.

Les premiers se fichent de savoir pourquoi l'inspecteur Gadget a, sur ses genoux, un de ces vieux téléphones en bois, avec ses deux arceaux métalliques qui prolongent deux tiges qui s'enfoncent dans le boîtier cubique en chêne clair lorsque l'on repose le combiné, lui-même constitué d'une partie centrale en bois, et de deux extrémités pavillonnaires - et elles-aussi métalliques - de formes un peu différenciées,  de manière à faciliter la détermination à coup sûr du côté qui permet de parler et de celui qui n'autorise simplement que l'écoute.

Ces mêmes lecteurs n'auront par ailleurs pas un instant d'étonnement face au fil noir, qui sort de la base du téléphone, se répand aux pieds de l'inspecteur, chemine sur le tapis de
Rosa jusqu'à la porte de son salon, qu'il franchit avec une insouciance dont seul un fil de téléphone peut ainsi se départir en pareille situation, pour filer (c'est le cas de le dire) le long du couloir, jusqu'à le porte d'entrée, sous laquelle il passe pour se jeter dans l'escalier, s'y dérouler devrions nous dire, puisqu'il y suit une trajectoire exactement inverse à celle des marches d'escalier, qui elles, montent en un colimaçon régulier et de grand rayon.

 Les autres lecteurs, ceux qui ne privilégient pas l'information à tout prix, mais apprécient quelques détours par les voies imprévisibles de l'imaginaire, ceux là s'intéresseront alors à ce fil mystérieux, avec notamment cette question essentielle qui s'y rattache (si j'ose à nouveau dire): qu'y-a-t-il donc à l'autre bout? Et parmi ces lecteurs, ceux dont l'esprit est le plus apte à élaborer d'improbables théories, ceux-là iront même jusqu'à s'interroger sur la possibilité qu'il y ait réellement un "bout", à l'autre bout. Ils concevront dans cette éventualité un Mystère qui les transportera aux portes d'une Enigme Incroyable, Impensable, et peut-être Effrayante.

Du coup, ils en oubliront l'évasion de
Rosa.

Ce qui nous permet de gagner du temps pour finir de la planifier.

Dimanche 27 avril 2008
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Samedi 26 avril 2008
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C'est à n'en pas douter la question que se pose Rosa. Ou plutôt, dans l'ordre chronologique des interrogations qui ont pris rang dans son esprit, c'est la deuxième question. La première étant "Mais que fais-je moi-même dans cette histoire?".

Malheureusement pour Rosa, nous sommes dans l'incapacité de répondre tant à l'une qu'à l'autre de ces deux questions. Il faudra attendre la suite. La fin de cet interrogatoire, peut être, qui, normalement, s'il est bien mené par les inspecteurs Pif et Gadget, devrait conduire à un éclaircissement de la situation.

Pour l'instant, la seule chose que nous pouvons constater, c'est que Rosa sert une nouvelle tasse de thé à l'inspecteur Pif, qui la remercie une nouvelle fois (nous avions raté la première fois, pris par d'autres occupations sûrement prioritaires, mais nous pouvons nous rassurer: il est peu probable qu'à l'occasion de cette première dégustation, des éléments réellement importants aient pu transiter entre les personnages - disons que c'était le round d'observation, la phase d'observation, peu propice aux avancées de l'enquête, mais indispensable à la poursuite de la discussion).

D'ailleurs, regardant sa montre, l'inspecteur Gadget semble conclure, au moyen d'un raisonnement qui ne nous sera pas expliqué, qu'il est temps d'en finir avec les préliminaires, et d'entrer dans le vif du sujet.

"Rosa..." il hésite "vous permettez que je vous appelle Rosa?"

Rosa acquiesce, d'un hochement de tête.

"Voyez vous, Rosa, nous aimerions en savoir un peu plus sur le dénommé Léon. Vous le connaissez depuis longtemps?"

Mercredi 23 avril 2008
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Mercredi 23 avril 2008
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Rosa habite ici.

Attendez. Ne vous précipitez pas ainsi chez elle.

Prenez le temps de noter au passage la puissance du lien hypertexte, qui permet de dire à la fois une chose et son contraire, les deux étant vraies. Puisqu' écrivant que Rosa habite ici, je signifie qu'elle réside dans la Prairie, ce qui est, en partie, la vérité, puisque vous l'avez sûrement déjà rencontrée dans les commentaires, et qu'elle possède même une
page qui lui est destinée. Mais cet "ici", renvoie aussi à son adresse réelle - ou plutôt devrait-on dire virtuelle, mais la réalité de notre conception de qui est Rosa s'arrête à l'image que nous avons d'elle, à savoir un être que nous identifions comme Cybermamie, dont nous n'approchons qu'une virtualité, et qui possède une adresse, là-bas, sur un autre serveur, à des milliards de bits de la notre, stockée pour sa part ici, c'est à dire en fait en un lieu que nous ne connaissons pas vraiment, mais dont nous espérons qu'il est sécurisé, et protégé des accidents d'écrasement de serveur, car nous avons déjà suffisamment à faire avec cette météorite, et qu'il nous serait vraiment difficile de prendre en charge une une menace supplémentaire pour la sécurité physique de la Prairie.

Les lecteurs impatients, ou peu complaisants avec les digressions, lassés par ces propos erratiques, auront peut-être déjà amorcé un mouvement pour aller rendre visite à Rosa. Ce faisant, ils ne sont déjà plus en train de lire ces lignes, et nous les retrouvons en voiture, dans le métro, à dos de chameau, ou tout simplement à vélo, pour ceux qui essayent, notamment, de faire coïncider leurs aspirations écologiques et leurs pratiques quotidiennes (saluons-les au passage), et ce parfois jusqu'à l'inconscience, comme ce lecteur habitant de la banlieue de Moscou, qui pédale, à l'instant, au lever du jour, encore en pyjama, pour se rendre chez Rosa, alors que, nous le savons, Rosa habite à Lyon, et que de Moscou à Lyon
 , il y a des krilliards de krilliards de bits, mais nous ne saurions juger des motivations de cet homme, qui a sûrement ses raisons, et dont il nous faut surtout saluer l'opiniâtreté et la conscience morale, qui le font aller à vélo, alors que d'autres vont choisir un mode de déplacement beaucoup plus pénalisant pour l'effet de serre, et tout cela simplement pour rendre visite à Rosa, parce-qu'en début d'article, nous aurons eu l'insouciance, écologiquement criminelle, d'écrire que Rosa habite ici.

Il serait à ce stade amusant, d'ailleurs, de pouvoir visualiser au moyen d'une carte du monde, à l'aide de petits points lumineux de couleurs différentes (vert pour le vélo de M. Gribourov, rouge pour le jet privé de M. Tabayaki, gris pour l'éléphant de M. Padamaru) les différentes trajectoires, en comparant leur forme, leur dynamique et leur couleur. L'on serait alors étonné de constater que, malgré la diversité des modes de transport, les courbes ainsi tracées convergent toutes de manière simultanée, et ce pour des raisons mathématiques qui tiennent aux équations de la relativité générales, que nous pourrions développer ici si la longueur du présent exposé n'était pas déjà telle que notre préoccupation soit plutôt de nous engager dans sa conclusion, et non d'ouvrir une nouvelle digression qui, n'en doutons, pas, pourrrait s'avèrer fatale à nos quelques courageux lecteurs encore en ligne. Nous demandons donc aux dits lecteurs d'accepter leur étonnement, de renoncer à l'expliciter, et de simplement s'amuser du spectacle de cette horde de visiteurs bigarrés, qui envahissent maintenant la rue de Rosa, en une cohorte joyeuse et multi-culturelle, qui parle et chante dans des dizaines de langues différentes, où l'on se congratule, se reconnaît, échange des photos de voyage..et tout cela jusque dans l'escalier de l'immeuble de Rosa, ce qui fait un grand chahut qui résonne dans la cage d'escalier, jusqu'à l'appartement de Rosa, amenant cette dernière, intriguée par ce vacarme assourdissant, à se diriger, curieuse, vers sa porte d'entrée.

Et c'est à ce point que nous reprenons les rênes de ce récit, car on ne peut pas construire une histoire sur de simples digressions, aussi amusantes fussent-elles.

Nous utilisons donc, pour faciliter la transition, l'élan de Rosa, qui se dirige vers la porte, son état d'esprit, déjà décrit, que nous qualifierons d'"intrigué", mais nous appliquerons ces circonstances au déclenchement d'un coup de sonnette, qui annonce l'arrivée, sur le palier, devant sa porte, de deux visiteurs inattendus.

C'est d'ailleurs ce que constate Rosa, en ouvrant sa porte.

-"Madame Rosa Cybermamie?"

- "Oui, c'est bien moi.."

- "Je suis l'inspecteur Pif "- il montre une carte - "Et voici mon collègue, l'inspecteur Gadget" - une autre carte . "Nous aurions quelques questions à vous poser"

Dimanche 20 avril 2008
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