Un ami m'envoie ce témoignage émouvant. Hélas, il ne me précise ni en quel lieu, ni à quel moment, il a réussi à capter cette si belle image. Et distrait, il omet aussi de me dire qui il est, me livrant ainsi à d'interminables conjectures...

Un ami m'envoie ce témoignage émouvant. Hélas, il ne me précise ni en quel lieu, ni à quel moment, il a réussi à capter cette si belle image. Et distrait, il omet aussi de me dire qui il est, me livrant ainsi à d'interminables conjectures...

Des lecteurs spirituels m’écrivent avec insistance en me proposant diverses interprétations théologiques expliquant la présence de Lucioles dans ma Prairie. Sans entrer dans le détail, je peux résumer ainsi leur propos : Dieu a tout créé, la prairie (dans son moindre détail, jusqu’au plus petit résidu de fétu d’herbe sèche de l’été 76 qui gît encore, en un endroit connu de Lui seul, perdu dans la profusion de jeunes pousses printanières), les Lucioles, bien sûr, dont Il est seul à connaître le Secret (au passage, les critiques sont très vives à l’encontre de M. Lumineux et de son interprétation cosmologique), mais aussi les boîtes en carton, Mlle Zoé P, les ordinateurs, les internautes et tout ce qui respire, pousse, ne pousse plus, poussera ou ne poussera jamais un jour. Il s’ensuit qu’il m’est conseillé de ne pas passer trop de temps à étudier les Lucioles. Leur rôle dans la marche du monde est certes utile (les jours de panne de courant, j’imagine), mais il est très très secondaire. Comment s’étonner que les églises se vident, si les hommes s’adonnent à de futiles considérations sur d’infimes parcelles de la Création, en négligeant d’incliner leur âme imparfaite devant le Tout, et de travailler à son salut ? Sans me convaincre vraiment, ces propos éveillent en moi un intérêt curieux. Je glisse les plus aimables dans mon étui à favoris, et me promet d’y revenir plus tard.
Catastrophe ce matin. Alors que je me levai comme à mon habitude, un peu avant la grande manifestation des Lucioles (j’aime cette idée, elle égaye mon réveil), je constatai avec horreur que le vent nocturne avait répandu les millions de courriels Toutenordien dans ma si jolie prairie. Depuis, je suis à pied d’œuvre, avec mon râteau…mais quelle tâche ingrate et épuisante. D’autant plus que le courrier numérique n’a pas la solidité du bon vieux papier. N’extrayez jamais vos courriels de vos ordinateurs : au moindre choc, ils se désagrègent lamentablement, et laissent se répandre mots et caractères numériques, à tel point qu’après une matinée de travail, il me semble que je n’ai rien fait, si ce n’est renforcer un désordre calamiteux au sein de ma prairie.
Mon précédent article m’a valu un nombreux courrier (environ 15 345 627 courriels) d’internautes désireux de réagir aux résultats de l’étude de M. Lumineux. Beaucoup de ces lecteurs m’apparaissent avoir une parenté intellectuelle prononcée avec ce cher M. Toutenordre, et en conséquence condamnent, réfutent, vouent aux gémonies les démonstrations de M. Lumineux. De manière étonnante, sur le 14 635 274 messages de cette communauté spirituelle Toutenordesque, seulement 48 contenaient une demande d’accès à l’étude précise produite par M. Lumineux, et ce, dans l’objectif plus ou moins avoué de la brûler, de la compacter, de la laminer, en bref de la détruire par un moyen violent et radical. J’avoue ne pas être en mesure de répondre à cette cohorte de récriminations, et je m’apprête de ce pas à remplir mes poubelles de ces messages comminatoires. Mais j’attendrais ce soir tard pour les traîner au bord de la route, de peur que les voisins ne me demandent des comptes.
M.Lumineux, lecteur surprenant, me fait parvenir une non moins surprenante étude, qu’il vient de terminer, après des années de recherches menées dans la plus grande solitude. Il ressort des 1400 pages très documentées en chiffres, graphiques, photos, analyses etc qui constituent cette réflexion, que les étoiles ne sont rien d’autres que des Lucioles d’un genre particulier, dénommées par M. Lumineux Stellaris Luciolae, caractérisées par le gigantisme de leur taille, et leur faculté à se mouvoir dans le vide, en produisant elles-même leur énergie grâce à des procédés que je serais bien en peine de vous expliquer (pour les curieux, je tiens à leur disposition l’étude de M. Lumineux). Non seulement les étoiles, mais la Lune elle-même serait une assemblée de Stellaris Luciolae, un espèce de conciliabule aux intentions nébuleuses, et le soleil une manifestation rassemblant des millions de Lucioles de tout l’univers, aux revendications mystérieuses. Je laisse à M. Lumineux la responsabilité des ses affirmations (surtout, M. Toutenordre, si vous êtes encore là, inutile de m’écrire, saisissez directement M. Lumineux), mais je m’apprête à voir tomber la nuit avec un œil différent.