Monsieur,

Je ne fréquente pas souvent les blogs. Je n'ai pas le temps. Je travaille, moi.

Mais je suis tombé sur votre Prairie l'autre jour, alors que j'étais dans la salle d'attente du dentiste. Je feuillète toujours ce qui traîne sur la table basse, pour passer le temps, parce que normalement, je ne lis pas ces bêtises.

Et là, quelle ne fut pas ma stupeur de vous voir écrire des absurdités sur le saxophone?

 Mais pour qui vous prenez-vous? Sachez que je suis Professeur Honoraire Certifié Qualifié au Conservatoire. De saxophone. Et que j'enseigne depuis 30 ans. Et que, voyez vous, le Saxophone, c'est une Chose Sérieuse. Pour en jouer, il faut apprendre tous les Doigtés, et faire des Gammes, toutes les Gammes, dans tous les Tons, et dans tous les Sens, et apprendre l'Embouchure, et la Respiration Abdominale, et la Respiration Latérocostale, et la Respiration Circulaire, et puis il faut faire des Sons Filés, des Sons Droits, et tous les Détachés, et toutes les Articulations, et les Arpèges, sans parler des Harmoniques et du Vibrato. Et seulement quand on sait tout, ça, seulement là, on peut espérer jouer quelque chose qui ne soit pas Ridicule et Faux.

Lapprentissage du Saxophone, Monsieur, ce nest pas de la Poésie. Cest du TRAVAIL. Un point cest tout. Et je peux vous dire que vous en avez à fournir, du TRAVAIL, au vu de ce que jai pu entendre.

Et quant à ces histoire de lâcher des saxophones dans des piscines, laissez-moi vous dire que si vous navez rien dautre à faire de votre temps que dorganiser des expériences aussi absurdes, je vous plains, vraiment

Jespère que vous saurez avoir la décence de mettre fin à vos hérésies

Je ne vous salue pas.

Otto Ritter

Pr de Saxophone HCQ

Mardi 17 juin 2008
publié dans : Petit précis de saxophone poétique
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Mon voisin prend grand soin de sa Prairie.Tous les jours, il taille, désherbe, arrose, arrache, coupe, surveille....Et il est vrai que sa Prairie est impeccable. D'ailleurs, il ne l'appelle pas Prairie, mais Gazon. Son Gazon est parfait. Aucune mauvaise herbe. Tout est à la même hauteur. De la même couleur. Parfait.

Il devrait être heureux, mon voisin.

Pourtant, la semaine dernière, quand il est venu me voir, pour me demander si je n'avais pas une Bineuse à Injection Multidimensionnelle, j'ai surpris dans son regard un drôle de vacillement, comme un petit effondrement de l'âme, qu'il me semblait avoir pourtant très solide.

Cela s'est passé juste au moment où, regardant avec un air un peu supérieur l'anarchie végétale qui règne chez moi, il s'est attardé sur ça:



Il m'a quitté sans vraiment me dire au revoir. Depuis, je ne le vois plus dans son jardin. Bizarre.
Dimanche 15 juin 2008
publié dans : Les lucioles
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Le Coquelicot
auprès de blés, comme l'Anche
au Corps du saxo

Dimanche 15 juin 2008
publié dans : Petit précis de saxophone poétique
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Le saxophone est un instrument paradoxal. Ce n’est pas le seul. L’Ephlugomme à Pistons ne l’est pas moins. Mais concernant ce dernier, ou, au même titre, le Double Picoplixeur à Poussières de Muses, il est patent que la dénomination même de l’instrument suffit à attester de son caractère original et surprenant.

 

Alors que le saxophone, communément appelé saxo, voire sax, semble, à première vue, avoir peu de secrets à nous livrer.


Pourtant, une expérience simple va nous permettre de démontrer le contraire.


Pour des raisons pratiques, que vous comprendrez plus tard, nous adopterons une méthodologie inspirée de celles mises en œuvre par les communautés de chercheurs, ingénieurs et techniciens qui mènent des Expériences Graves et Dangereuses (comme par exemple de faire exploser des bombes atomiques pour voir si elles irradient bien, loin et longtemps).


Nous simulerons donc.


Et comme notre budget en nous permet pas d’investir dans un de ces supercalculateurs à même de prévoir le temps qu’il fera dans dix jour, nous utiliserons les capacités calculatoires de vos cerveaux respectifs pour élaborer une imagerie en 3,27 dimensions de la dite expérience.


Merci donc de bien vouloir vous attacher sur vos sièges et de vous brancher quelques électrodes dans le crâne (à défaut, vous pouvez vous insérer l’extrémité d’un cable USB dans l’oreille.. non, pas dans le nez, nous tenons à garder une certaine élégance à cette histoire).


Bien.

Maintenant, concentrez-vous. Il nous faut une masse d’eau. Disons une piscine. Un bassin, plutôt, ça fait plus sérieux. Pas de parasols, ni de maître-nageurs à la musculature affriolante, ou de nayades aux boucles blondes à demi-dévêtues. Un grand bassin, au moins 10 m sur 10. Ca c’est pour les Effets de Bord (si vous ne savez pas ce que c’est les Effets de Bord, faites moi simplement confiance, c’est important)
.


Nous allons maintenant construire un ponton, qui parte d’un bord et atteigne le milieu du bassin. Je vous laisse le choix du matériau (je vous conseille simplement d’éviter le carton, la farine, l’uranium 645E ou la lave en fusion).


C’est bon ?


Alors allons-y.


C’est Hector qui sera notre opérateur. Il a de la bouteille. Il sait s’adapter aux conditions imprévues. C’est essentiel, dans une expérience, un opérateur efficace. L’efficacité, surtout en matière de bassins remplis d’eau, c’est très très important, croyez-moi.

 

Une minute.. je branche mon micro.. 

-         « Hector, vous m’entendez… ? »

-         « Cinq sur cinq, Tango Charlie »

-         « Ok, Hector.. alors je pense qu’on peut y aller.. » 

 

Le mieux, enfin, ce que je vous conseille, c’est globalement de baisser la lumière. Esthétiquement parlant, il est préférable que le bassin soit éclairé par l’intérieur. C’est toujours très poétique la lumière qui fait chatoyer l’eau. Et puis cela permet de ne pas trop se préoccuper du reste de l’infrastructure, des détails du hangar dans lequel est situé ce bassin. Vous plongez tout ça dans la pénombre. On ne voit que la masse d’eau bleuté, luminescente, le ponton, et Hector, qui avance, avec précaution, habillé comme un cosmonaute.


Dans sa main gauche, le corps du saxophone. Dans sa main droite, l’Anche.


C’est beau, vous ne trouvez pas. Etrange et beau.

 

Vous voyez que cela peut être mystérieux, un Saxophone.

   

-         « Contact… »

 

C’est Hector. Cela veut dire qu’il est arrivé au bout du ponton. Il est prêt. Il attend les instructions. Nous entendons, par le haut-parleur incorporé dans son casque, le bruit calme de sa respiration.

 

C’est le Grand Moment. Nous nous regardons, dans la cabine. Nous sommes au point d’irréversibilité. L’instant où tout bascule. Dès que l’ordre sera donné, on ne pourra plus revenir en arrière.

 

Normalement, pour ce genre de moment, il faut des paroles spécifiques. Quelque chose du genre « A la grâce de Dieu », ou bien « Le Dort en est jeté », ou encore « Un petit pas pour un homme, un grand bond pour l’humanité » etc.. 

 

-         « Allez-y Hector.. Si Paul Desmond avait été encore des nôtres, je crois qu’il aurait apprécié cet instant… »

 

Lentement, et simultanément, Hector amène le Corps et l’Anche au dessus du bassin, au bout de ses bras maintenant tendus et à l’horizontale.

Le reste n'est qu'un "plouf" qui se mélange à un "PLOUF"
.

Quant aux conclusions de cette expérience, il faut laisser à notre équipe d'experts le temps de les rédiger.


 

 

 

 

 

Vendredi 13 juin 2008
publié dans : Petit précis de saxophone poétique
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Il n'est pas habituel de rencontrer, dans la Prairie, des personnages dépressifs. Il en est assez dans la littérature pour ne pas en rajouter ici.

Je me retrancherai donc derrière l'argument, assez faible, je le reconnais, qui consiste à noter que nous ne sommes plus vraiment dans la Prairie, puisque nous voyageons actuellement dans un train qui chemine à flanc de montagne, pour introduire notre personnage du jour, M. Pips, contrôleur du train dénommé "L'Express de Cimes", et, comme vous allez vous en apercevoir, homme fortement déprimé.

Sachez, pour prendre la mesure du trouble profond qui affecte son âme, que M. Pips fut, pendant près de 40 ans, membre de l'équipage du célèbrissime Orient Express. Engagé à 16 ans comme simple manutentionnaire, il n'est plus descendu du train mythique, gravissant peu à peu tous les échelons de la hiérarchie ferroviaire, pour terminer, à 55 ans passés, contrôleur en chef du Plus Fameux Train du Monde.

Sa présence à bord de "l'Express de Cimes" n'est donc pas une circonstance logique, au vu de sa brillante carrière.

Sachez d'ailleurs que M. Pips ne connaît pas plus que vous la raison qui a justifié son brutal changement d'affectation. Mis à part quelques mots prononcés par M. Stankov, le représentant de la Compagnie Orientale, qui était venu spécialement à la gare centrale de Moscou annoncer sa mutation à M. Pips , mots qui se résumaient à:

"Pips, on vous envoie sur un autre train. Vous commencez lundi." (on était samedi soir)

Mis à part ces mots, donc, M. Pips n'avait reçu aucune explication.

De là, vous comprendrez que notre homme a d'assez bonnes raisons pour traverser une période psychologiquement difficile.

Et lorsque vous saurez qu'en outre, après 13 mois de navigation à bord de "l'Express des Cimes", il n'a pas eu l'occasion de contrôler l'esquisse de l'ombre du moindre passager, vous aurez assez  d'éléments en votre possession pour établir:

- d'une part le caractère plus que justifié et compréhensible de la dépression de M. Pips

- d'autre part, les indices de la naissance d'un nouveau mystère (le 74ème en ces pages) qui prend forme avec cette dernière information, et dont nous pouvons supputer qu'il est beaucoup plus profond que ce qu'une première impression aurait pu nous laisser penser, car, s'il est surprenant, en soi, qu'un train circule si longtemps sans passager, s'il est étonnant par ailleurs que l'on ait affecté à ce train l'un des contrôleurs les plus émérites de la Compagnie, il est encore plus sidérant de se rappeler que nous avons aperçu, dans un précédent texte une figure connue qui semblait assise derrière la fenêtre givrée du Wagon n°7.

Et lorsque vous saurez qu'en plus de ce passager connu, le train emporte à son bord un autre personnage déjà aperçu dans la Prairie, mais que l'un, l'autre et le dernier (le dernier étant M. Pips, pour faciliter la compréhension) ignorent tou de leur mutuelles présences à bord, vous ne manquerez pas de demander urgemment la suite de cette histoire

Que malheureusement je ne pourrai vous livrer qu'après l'avoir inventée.

Si je l'invente.

Jeudi 12 juin 2008
publié dans : Les lucioles
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