Il est rassurant d'entendre, à l'occassion de cette récente décison de justice, le choeur des esprits offusqués pourfendre la justice dans ses décisions indignes.

Mais il est un peu étonnant de voir qu'au sujet de ce jugement, peu de voix s'élèvent pour dire, avec clarté et simplicité, que ce qui est avant tout méprisable dans cette affaire, c'est la coutume, la tradition inique, qui veut qu'au lendemain de la nuit de noce, on expose le sang de la jeune mariée, jeté en pâture aux gardiens de la
tradition, comme signe d'obéissance à la puissance de la domination masculine.

Cette preuve, qui matérialise le fait que bien avant ce mariage, la jeune femme a intégré dans son âme et dans son corps une morale de soumission à l'homme, me paraît pour ma part révoltante.

C'est cela qu'il faut d'abord dénoncer.

Samedi 31 mai 2008
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Monsieur le Président,
 
Depuis le début, j’ai du mal à vous suivre. Mais là , vous m’égarez complètement.
 
C’est à propos de ma petite fille. Elle sera en CM2, l’année prochaine. Vous avez des projets éducatifs, pour elle, et tous ses petits camarades. Si je le comprends bien, vous avez le souci de former nos enfants à la compassion. C’est louable. Ce que je ne comprends pas vraiment, c’est la méthode.
 
Car voyez-vous, il y a actuellement, sur cette planète, beaucoup de gens qui souffrent, et dont tout le monde se fiche. Je crois donc qu’il serait dommage de se limiter aux atrocités subies par les victimes de la Shoah. Il faudrait que nos enfants embrassent la totalité de la souffrance du monde, qu’ils portent dans leurs petits cœurs les larmes desséchées de ceux qui, plus jeunes qu’eux, meurent de faim, de maladie, de pauvreté chaque minute qui passe, qu’ils se chargent du désespoir de ceux qui sont à la rue, des malades que l’on ne veut pas soigner, des vieux que l’on délaisse, des pauvres que l’on rejette, des victimes de violence, de tortures, de racisme, d’ostracisme, de méchanceté, d’intolérance.
 
Car après tout, cela doit servir à cela, les enfants : à s’occuper de la misère du monde à la place des adultes. Car les adultes, eux, ils travaillent, pour améliorer leur pouvoir d’achat, pour être méritant et s’enrichir, pour produire de la croissance. C’est sérieux un adulte, ça n’a pas le temps de s’apitoyer, ça doit être froid, calculateur de son intérêt, rentable.
 
Et puis, pour tout vous dire, votre méthode à de grands avantages : car le problème des enfants, c’est qu’ils ont tendance à s’illusionner sur le monde. Ils rêvent de choses d’enfants, douces et merveilleuses, de princes et de dragons, de voyages sur la lune, d’aventures et d’amour. Et tout ça, franchement, ces illusions idiotes, ça ne les prépare pas bien à la guerre économique.
 
Alors autant tuer tout de suite cette petite étincelle de rêve, de poésie et d’espoir si elle subsiste encore chez eux (je dis si elle subsiste, parce qu’à coup de Starac, de séries stupides, de téléphones portables, de jeux vidéos débiles, on l’a bien malmenée, la petite étincelle de rêve). Faisons leur découvrir les charniers, les chambres à gaz, la pourriture des corps, la haine impitoyable, la terreur, l’horreur. Montrons leur comment l’ont peut briser des corps et des âmes, comment l’homme peut réduire l’homme à moins qu’une bête. Donnons-leur tout cela, pour qu’ils en perdent le sommeil. Faisons-leur sentir que c’est un peu de leur faute, tout cela, et qu’il est temps qu’ils rachètent les fautes des adultes.
 
Après tout, il faut qu’ils en bavent, les enfants. Il n’y a pas de raison qu’ils soient encore les seuls sur terre à vivre dans un monde un peu préservé.
 
Enfin, il n’y a pas qu’eux à être préservés, il y a aussi les riches. Mais les riches, c’est pas pareil. Eux, leur tranquillité, leur droit à la jouissance, leur droit au bonheur, ils l’ont mérité, ils ont bossé dur pour l'avoir.. .alors on ne va pas leur demander d’avoir de la compassion, d’être solidaire, d’être humains et généreux…faut pas pousser quand même.

Les enfants sont là pour ça.
Vendredi 15 février 2008
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Je suis désolé de décevoir ceux qui, pleins d'espoir, s'imaginaient que les dernières élucubrations de notre Président à Réaction n'étaient que la conséquence d'un abus momentané de champagne, lors d'un réveillon sous le soleil. Non, il pensait vraiment ce qu'il disait.

Du coup, nous allons réellement avoir une Politique de Civilisation.

Si je peux l'affirmer, ce n'est pas parceque je suis dans le secret des Dieux. Non. J'ai simplement entendu notre Premier Ministre nous le confirmer, ce matin, à la Radio.

Il a bien gentiment accepter de faire l'exégèse des propos du Guide Suprême. Pour que le peuple comprenne un peu mieux. 

Je cite, mais sûrement très approximativement:

"La politique, c'est d'abord s'occuper de sujets de fond, qui touchent à l'être humain, à sa place dans le monde, à la culture commune"

"Nous allons donc continuer notre travail, et mettre en place des Réformes de Civilisation"

Je le répète: ces citations sont approximatives. Sauf les derniers mots. "Réforme de Civilisation". Il l'a dit. Tel quel. Et le journaliste n'a même pas pouffé de rire.

C'est donc que cela doit être sérieux. Nous attendons alors avec impatience le Grenelle de la Civilisation, qui débouchera sur une Grande Loi de Civilisation, et bien sûr les Baisses d'Impôt Civilisationnelles, les Progrès Civilisateurs du Grand Marché et surtout les Mesures Civilisatrices de Maintien de l'Ordre Social.

Misère que tout cela. Mais peut être est-ce un concours, entre gens de pouvoir: à celui qui profère l'énormité la plus outrageante? Ils doivent bien s'amuser, quand même.

En fait, la Civilisation Sarkozienne est à l'image de son Leader Minimo: elle est pressée d'arriver. Du coup, elle a sauté l'étape de la Grandeur pour entrer de suite dans celle de la Décadence.

PS: non, la Prairie ne se convertit pas à la chronique politique. D'autres font ça très bien. Je vais rester avec mes Lucioles. Mais entendre de telles énormités en prenant son café le matin, ça met de mauvais poil. Donc je me suis défoulé ici.

Dimanche 6 janvier 2008
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A vous tous, qui écrivez un peu ou rêvez de le faire, je recommande la lecture du discours d'Ohran Pamuk lors de l'attribution de son prix Nobel. Tiens, et au passage, vous n'auriez pas un livre à conseiller, pour les vacances?

Vendredi 15 décembre 2006
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Souvenez vous. L’Idée était là, délicatement ciselée de la belle écriture du Hérisson (au passage, j’ai eu confirmation, depuis, par Aristèque Nocrate, qu’il s’agissait bien d’un animal mythique, le Hérisson Accoucheur d’Idée Garou…- vous comprendrez, malheureusement, pourquoi Garou tout à l’heure). Comme tout texte bien écrit, celui du Hérisson paraissait si clair, si évident que je jugeai superflu de me munir des 10 feuillets pour aller proclamer l’Idée dans la prairie. Après tout, cette Idée était mienne, je ne pouvais pas donner l’impression d’un discours manquant de sincérité. Je laissai donc le précieux texte sur la table, et m’avançai dans la Prairie (oui, souvenez-vous, nous en étions resté là). Et c’est alors que je me pris les pieds dans le champ gravitationnel. Deux jours pour gagner le centre de la Prairie, vous pensez bien que ce ne fût pas sans conséquence sur l’Idée : tous ces neurones si bien connectés au départ, l’influx qui circule, les synapses concentrées et efficaces, et puis progressivement, quelques ampoules qui grillent, des mauvais aiguillages, un peu de rouille ici où là, et à l’arrivée,  des hésitations, des bégaiements, des répétitions, des contresens, des syllogismes…ne restait plus qu’une Idée de café du commerce,  après le sixième pastis. Du coup, je n’essayai même pas de la formuler, et j’entrepris de rebrousser chemin jusqu’à ma table, pour récupérer les notes du Hérisson. Garou. Oui, un Hérisson Garou. Et si vous essayez de suivre la chronologie de ces quelques mètres, vous aurez vite remarqué qu’il fait nuit quand j’arrive à ma table (excusez-moi pour la concordance des temps, mais là je suis un peu perdu). Donc il fait nuit, et la pleine lune déverse du ciel un torrent de lumière blafarde. Sur la table, plus de Hérisson. Plus de feuillets non plus. Juste une Tortue, une gentille petite tortue à la carapace glacée, qui mâchonne avec application les derniers centimètres carré de l’Idée.

Mardi 8 août 2006
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