Me voilà encore à parler d'enfants. Je voudrais évoquer aujourd'hui leur place dans ce monde, sous l'angle de la finalité. Un couple qui vit dans nos sociétés occidentales, lorsqu’il conçoit un enfant, s’inscrit dans une démarche volontaire. Cela veut dire qu’à un moment donné, l’homme et la femme qui amènent au monde un petit être, doivent avoir en eux une réponse à la question du pourquoi ? Pourquoi cette naissance plutôt que rien ? Pour quelle raison donner au monde un nouvel habitant ?
Bien sûr, une telle interrogation est rarement formulée ainsi, et il serait idiot de présupposer un projet explicite à toute conception. L’amour reste un mystère qu’on ne saurait trop expliquer.
Cela étant, on peut, à froid, s’interroger sur le fait suivant : en quoi avoir un enfant diffère-t-il d’avoir une maison, ou une nouvelle voiture ? La question peut paraît sotte et déplacée. L’enfant est un être vivant, pas une chose. Mais qu’est ce qui le définit comme à part ? Ce n’est pas le simple fait qu’il soit un être vivant. Il n’est pas la seule forme de la vie que nous puissions accueillir auprès de nous. Un chien, un chat, un poisson rouge sont des êtres vivants. La particularité de l’enfant n’est donc pas d’être vivant, mais bien d’être humain. Avoir un enfant, c’est donner la vie à un être qui va s’engager sous nos yeux dans la réalisation de son Humanité. D’une certaine manière, on peut donc dire que le projet, souvent incompris, la responsabilité des parents, la tâche immense qui leur incombe, c’est celle de guider l’être qu’ils ont conçu sur cette voie.
Encore faut-il avoir une idée de ce que cela représente, l'Humanité
Si je dis : mon fils, tu seras boulanger, ou musicien, ou scientifique, ou riche, ou célèbre, ou quoique ce soit d’autres, j’assigne à l’enfant une finalité qui est une fonction (un métier), un statut social (richesse, pouvoir) ou historique (la gloire). Est-ce que pour autant, cela me dit quelque chose sur son Humanité? Que penserais-je s’il est riche, mais hypocrite, voleur, violent, sans cœur, inhumain en quelque sorte ? Bien sûr, je pourrais me dire : après tout, il est ainsi, il a son caractère, sa façon de voir la vie, je n’y puis rien…Mais je pourrais aussi raisonner différemment, et me dire que si je lui avais appris la générosité et l’amour, plutôt que l’ambition et l’esprit de compétition, il serait différent, plus humain. Voilà où se tient la question de l'Humanité. Hors de toute considération sociale, politique, historique, il me semble possible d'admettre que ce qui fait de nous des êtres vivants dignes d'être humains, c'est notre capacité à faire le choix librement de nous situer du côté de la générosité, de la gentillesse, de l'amour, du sourire, du courage, de la fidélité, du respect plutôt que de celui du mépris, de la méchanceté, de la jalousie, de la brutalité, de la haine etc
Il ne m'est pas imaginable, alors, que des parents puissent éviter alors le questionnement suivant: que dois-je aujourd’hui enseigner à mon enfant pour qu’il dirige sa vie demain en étant digne de son Humanité?